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Présentation du cours de Jean-Loup Heraud (janvier 2013)

dimanche 20 janvier 2013, par Hélène

L’art de l’illusion : l’art contemporain nous trompe t-il ?

Jean-Loup Héraud

Il faut croire à l’illusion. Loin d’être trompeuse, mensongère ou fausse, l’illusion artistique est un moyen de voir le monde autrement, d’en montrer l’envers ou les contradictions. Crossing (2002), -le Oui qui se voit Non- de M. Raetz est emblématique de la capacité de l’illusion à figurer les oppositions qui structurent notre monde. Le Piss Christ de Serrano (1987) n’est en rien sacrilège, mais l’image d’une vérité insupportable. Nous soutiendrons donc que l’illusion n’est pas aliénante ou trompeuse, elle est libératrice : nous voulons être trompés, non seulement pour en jouer avec plaisir, mais pour en savoir plus, car le propre de l’illusion est de dépasser les limites de la perception habituelle. Ce qu’elle représente –du faux apparent- nous fait accéder à la vérité du réel. On remarquera d’ailleurs que nous ne pouvons échapper au pouvoir de l’illusion, elle fascine justement parce qu’elle ne peut se dissoudre ni disparaître. Comme nous le suggère les situations renversantes de Ramette (Promenade irrationnelle -2003-dans laquelle l’artiste marche à l’horizontal sur un tronc d’arbre), elle est ce qui permet de reconstruire le phénomène dont elle est l’effet.

Dans une première séance, nous montrerons que l’illusion artistique n’est tant une sortie du réel que paradoxalement son hyper-représentation : les différentes formes de trompe-l’œil fournissent une sur-représentation du réel dans les « ready-made modifiés » de Lavier (Le piano), mais aussi l’hyperréalisme américain sur-imitant le réel par la ... photographie, ou à l’inverse G. Richter, les situations renversées et renversantes de Ramette. Dans la deuxième séance, nous nous attarderons que les illusions artistiques qui fabriquent des images ou artefacts décrivant des mondes contradictoires ou impossibles : les mosaïques d’ordures de Vic Muniz, les métamorphoses visuelles de M. Raetz. l’identité introuvable de C. Sherman, la dualité des contraires dans le monde absurde d’Escher … elles dessinent des mondes marqués par des dualités de formes incompatibles. Il n’y a pas de réel sans son double, qui vient le représenter en l’imitant ou en le défigurant pour mieux le refigurer (Ricoeur). L’illusion artistique est une modalité de la fiction, qui loin de s’opposer au réel, vient en manifester les traits inhabituels, elle nous fait voir que le monde nous trompe sur ce qu’il prétend être.